Sunday, September 5, 2010

Cinéfinlande

L’actualité cinématographique en Finlande

‘Finlandais’

Minna Haapkylä

Posted by admin On décembre - 19 - 2008

Minna Haapkylä, jeune actrice de 32 ans, a déjà, avec sept longs métrages à son actif, une longue carrière en Finlande. Dernièrement, elle a joué dans deux films français d’importance : Selon Charlie, de Nicole Garcia (2006) et Le serpent, d’Eric Barbier (2007). A l’occasion de la sortie du Serpent cet été en Finlande, nous avons rencontré Minna Haapkylä – la plus française des actrices finlandaises – qui nous fait partager ses expériences et nous livre ses impressions.

Actrice très connue en Finlande – une des plus en vue de votre génération –, vous êtes en train de conquérir le public français. Mais parlez-nous tout d’abord de votre première rencontre avec la langue et le cinéma français.
La première rencontre avec la langue, c’était ici, en Finlande, au Lycée franco-finlandais où j’ai fait toute ma scolarité. C’est également au lycée que j’ai eu mon premier contact avec le cinéma français : Jacques Tati… si je me souviens bien. Après, j’ai fait une année au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, en 1994-95, en tant que stagiaire étrangère. A l’époque, les écoles de théâtre procédaient à des échanges. Pendant toute cette année-là, je n’ai eu aucun problème à occuper mon temps : si je n’étais pas à l’école, j’étais au cinéma. J’ai vu tout ce qu’il m’était possible de voir. C’était super. J’allais également au théâtre, mais surtout au cinéma. Jamais je n’aurais imaginé, d’ailleurs, que je jouerais, un jour, dans un film français. C’était un rêve. Alors que tous les autres ne pensaient qu’à jouer dans un grand film hollywoodien, moi, je rêvais de pouvoir jouer dans un film français. Et puis, un jour, on m’a appelée…

Racontez-nous comment vous avez été contactée et choisie pour le rôle de Nora dans Selon Charlie ?
C’est mon agent finlandais qui m’a informée qu’une réalisatrice française était en train de chercher une femme, la trentaine, de type nordique, mais pas spécialement finlandaise. Mon agent a alors envoyé quelques-uns de mes films à cette agence de casting. Nicole Garcia, la réalisatrice, a finalement sélectionné 4 ou 5 filles – dont je faisais partie – qu’elle a souhaité rencontrer. Je suis allée à Paris, et nous avons dîné ensemble. La semaine suivante, elle m’appelait pour me dire que c’était moi qu’elle avait choisie. La surprise était d’autant plus grande que je n’y avais pas cru une seule seconde. C’était super : mon rêve se réalisait.

C’est plutôt le scénario, le rôle proposé ou bien la manière de filmer de Nicole Garcia qui a motivé votre envie de faire partie du film ?
C’était surtout la possibilité de pouvoir jouer dans un film français. A vrai dire, je n’avais pas lu le scénario, mais j’avais déjà vu L’adversaire de Nicole Garcia, et je savais que le film allait être, de toute façon, quelque chose de bien. Comme je vous l’ai dit, c’était un rêve de pouvoir jouer dans un film français, et je n’allais certainement pas laisser passer l’occasion.

Nora dans Selon Charlie est entourée d’une pléiade d’hommes aux caractères tourmentés auxquels elle fait face avec placidité. Minna a-t-elle aussi bien vécu, hors caméra, les personnalités aussi diverses que hautes en couleur de ce fabuleux quatuor que forment Jean-Pierre Bacri, Vincent Lindon, Benoît Magimel et Benoît Poelvoorde ?
C’était extraordinaire d’être avec eux, parce qu’ils étaient tous tellement différents. Moi, j’ai, bien sûr, surtout joué avec Benoît Magimel et Vincent Lindon, mais j’ai aussi rencontré les autres. Benoît Magimel, qui est un super comédien, est en fait extrêmement timide. Quand on se voyait, au maquillage, par exemple, il ne parlait presque pas. Je le forçais, un petit peu plus chaque fois, à parler avec moi, car je pensais que ce serait beaucoup plus facile pour moi de jouer avec quelqu’un que je connais un peu. Au début, c’était dur, mais il s’est mis petit à petit à me parler, à s’ouvrir un peu. Par contre, Vincent Lindon n’arrêtait pas de parler. Il parlait et il parlait… surtout de Vincent Lindon, mais aussi des projets qu’il avait réalisés. Et il voulait répéter tout le temps ; il avait toujours de nouvelles idées à proposer à Nicole. Tout le contraire, en fait, de Benoît Magimel qui arrivait quand tout était prêt. On répétait une ou deux fois, et on commençait à tourner. Quant à Jean-Pierre Bacri, c’est lui qui, en fait, parlait le plus de la Finlande. Il semblait bien connaître le pays, il savait qui gouvernait, comment cela fonctionnait. Il parlait de beaucoup de choses, on pourrait dire « intellectuelles », même si ce n’était que des conversations de café. Il était drôle, mais à sa façon… précisément parce qu’il n’essayait pas d’être drôle. Je dirais plutôt cynique, comme dans ses films. Pour ce qui est de Benoît Poelvoorde, c’est également quelqu’un de très drôle. Il a une énergie incroyable. Et lui aussi, il parle tout le temps. Mais il ne parle pas de lui. Il parle de tout le monde, il fait des blagues. Très différent des autres.

Un an après, en 2006, vous signez à nouveau pour un rôle dans un film français Le serpent, d’Eric Barbier. Comment s’est passée cette fois la prise de contact ?
J’ai maintenant un agent français à V.M.A. C’est bien, parce que V.M.A. (N.D.L.R. : Voyez Mon Agent) est une grande agence artistique, et donc ils savent ce qui se passe en France. Pour moi, c’est très important parce qu’il n’y a pas beaucoup de rôles pour les étrangères, surtout pour les Nordiques. Il y en a davantage pour les Espagnoles ou les Italiennes. Il se trouve que dans le scénario du Serpent, il y avait un rôle pour une Allemande. Mon agent m’a donc appelée et m’a dit que je devais aller à Berlin pour un casting. Je lui ai dit que mon allemand était très rudimentaire mais, comme elle insistait, j’y suis donc allée. J’ai travaillé toute une journée, devant les caméras, avec le réalisateur Eric Barbier ; on s’entendait très bien. Je suis rentrée en pensant que, tout de même, ce rôle ne pouvait pas être pour moi puisque je n’étais pas allemande. Et, en fait, c’est moi qu’ils ont choisie. J’étais très honorée.

Deux films, somme toute, très masculins, mais d’un genre totalement différent : d’un côté, un film intimiste et, de l’autre, un thriller à l’histoire haletante. Comment avez-vous abordé ces deux rôles, et vous ont-ils permis d’explorer des émotions nouvelles ?
Je ne devrais peut-être pas dire ça, mais je préfère travailler avec Nicole Garcia, ou du moins dans ce genre de films parce qu’on travaille beaucoup plus sur les sentiments, sur ce qui résonne à l’intérieur de nous-mêmes. On passe beaucoup de temps à faire des scènes toutes simples. On découvre des émotions, et on essaie d’en faire naître d’autres. Nicole réfléchit beaucoup sur le texte, un texte toujours plein de nuances entre les lignes. Une fois qu’on recevait la dernière version avant de tourner, on ne changeait plus rien. Pour moi, c’était facile, car il me fallait juste apprendre mon texte. Mais, pour Benoît Poelvoorde, par exemple, qui voulait toujours improviser ceci ou changer cela, ce devait être un peu frustrant. Par contre, Eric Barbier est beaucoup plus libre et souple. Contrairement à Nicole, peu lui importait si je disais exactement le texte qui était écrit. Il lui suffisait que cela soit correct. Un thriller, c’est surtout l’action qui compte. Les scènes sont faites dans le film pour raconter l’histoire au public, annoncer ce qui va se passer après. On ne travaille pas sur les sentiments. Si, dans le scénario, il est marqué qu’ils se disputent, alors on ne va pas épiloguer sur la façon de se disputer : on s’engueule, on tourne, et on passe à la scène suivante.

Est-ce que la façon de travailler, de filmer, l’ambiance sur un plateau de tournage en France sont différentes de celles en Finlande ?
En fait, non. Et c’est justement cela qui est étonnant. Je m’attendais à ce que ce soit différent, mais le travail est exactement le même. S’il y a une différence, cela dépend du réalisateur, mais pas du pays. Tout ce qui touche directement au tournage d’un film, que ce soit devant ou derrière la caméra, c’est la même chose. Sauf que, bien sûr, il y a beaucoup plus d’argent. Cela veut dire qu’il y a beaucoup plus de gens sur le plateau. Pour prendre un exemple, il y a généralement, sur un tournage en Finlande, la maquilleuse et son assistante. En France, il y avait trois maquilleuses, tous les assistants des maquilleuses, et les assistants des assistants… Un nombre incroyable d’assistants ! En plus, il y avait toujours quelqu’un qui s’occupait de moi : si j’avais soif, on m’apportait immédiatement de l’eau. On nous la jouait plus stars, du style : « Reposez-vous ! Allez dans votre chambre ! » On nous ménageait beaucoup… ce qui n’est pas déplaisant de temps à autre.

Sans parler de difficultés, n’avez-vous tout de même pas eu des surprises ?

La surprise est venue justement du fait qu’il n’y avait pratiquement pas de différence, du moins sur le tournage. En fait, c’était plutôt tout ce qui était extérieur au tournage qui était différent, qui changeait beaucoup, comme, par exemple, les repas. En Finlande, on mange dans un coin, dans des assiettes en carton. En 20 minutes, on a terminé, et on reprend le tournage. En France, c’est une heure, voire une heure et demie, la plupart du temps au restaurant. C’était super, je dois dire. Je pense que cela fait du bien de faire un bon repas, de se vider la tête un petit peu. En plus, j’avais un chauffeur pour moi, je logeais dans un excellent hôtel. En Finlande, si je prends, par exemple, le film que je suis en train de tourner en ce moment – Raja 1918 (Frontière 1918) –, on se retrouve dans des petits villages où il n’y a même pas d’hôtels, et on est logés un peu n’importe où… chez les gens, dans des chambres d’hôtes. Pour le coup, les acteurs finlandais ne se prennent pas la tête ! Néanmoins, je trouve que c’est, tout de même, plus facile de jouer si on a créé autour de vous un environnement confortable, et qu’il ne vous reste plus qu’à vous concentrer sur votre travail.

Quelles étaient vos attentes ? Ont-elles été satisfaites ?
Avec Nicole Garcia, c’était exactement tout ce que j’attendais. C’était vraiment très français. Si je devais décrire Selon Charlie pour les Finlandais, je dirais que c’est un film français : on parle beaucoup, et il ne se passe rien. Et c’est vraiment tout ce que j’aime. Mais Le serpent, c’est plus américain : il se passe beaucoup de choses, et on parle peu. A vrai dire, cela m’intéresse moins. C’était, bien sûr, super de pouvoir jouer une fois dans un thriller, mais cela ne me tente pas trop de renouveler l’expérience. En plus, ce qui était dur, c’était d’être absente tout le temps. C’était plus dur que je ne me l’étais imaginé. Je pensais que quand je travaille – des fois quinze heures par jour ! –, je ne vais pas penser à mon fils ou à mon mari. C’était en fait très fatigant d’être entourée de gens qu’on ne connaît pas du tout. Et même si Paris est une ville où je me sens très à l’aise, c’était fatigant d’être ailleurs.

Quels sont vos projets immédiats et futurs ?
Comme projet immédiat, justement, « Raja 1918 » (Frontière 1918), un long métrage du réalisateur Lauri Törhönen. L’histoire se passe juste après la guerre civile. Les Blancs ont gagné, et il y a un officier blanc qui part en Carélie pour délimiter le tracé de la frontière entre la Russie et la Finlande. Et il y a bien sûr une femme – que j’interprète –, une institutrice, là-bas, à la frontière, qui a un fiancé, mais du côté des Rouges. Ils se rencontrent et tombent amoureux l’un de l’autre. En fait, c’est un drame entre ces trois personnages : la jeune femme, l’officier blanc et le fiancé rouge. C’est une histoire d’amour, mais aussi un film sur la difficulté de tracer une frontière dans la forêt, dans un endroit où il n’en a jamais existé, où les gens étaient des voisins pendant des années et des années et, tout à coup, quelqu’un est venu leur dire : « Vous, vous êtes russe, et vous, vous êtes finlandais. Et si vous venez de ce côté, on vous tue ! » La sortie du film est prévue pour fin novembre-début décembre – dans tous les cas, pour la Fête de l’Indépendance de la Finlande, le 6 décembre.

Propos recueillis en français
par Aline Vannier-Sihvola

Outi Nyytäjä

Posted by admin On décembre - 19 - 2008

On ne présente plus Outi Nyytäjä : dramaturge, scénariste, écrivain, chroniqueuse, traductrice – elle a plusieurs cordes à son arc, et tout ce qu’elle fait, elle l’entreprend avec savoir-faire, dynamisme et sérieux. Outi Nyytäjä n’a certes pas les deux pieds dans le même sabot (la même « galoche », comme on dit en pays breton), et le seul repos, répit qu’à la rigueur elle s’accorde, c’est de bêcher le potager de sa maison du Conquet, à l’extrême pointe de la Bretagne.

Lauréate du Prix du Meilleur Livre de l’Année : Récits de voyage (2002) avec son livre « Maailman laidalta » (Aux confins du monde – chroniques de Bretagne), Outi Nyytäjä partage sa vie, depuis 15 ans déjà, entre ces deux terres étranges que sont la Finlande et la Bretagne où elle s’est installée et vit la majeure partie de l’année avec son mari Kalevi.

Tout d’abord, qu’est-ce qui a motivé le choix de la France comme terre d’adoption, et pourquoi la Bretagne, pas vraiment réputée pour la clémence de son climat ?
La France, parce que c’est un pays dont je parle la langue. Je déteste vivre dans un pays dont je ne maîtrise pas la langue. J’ai fait des études de français et je connais très bien la culture française. De plus, j’ai pas mal d’amis en France. Pour ce qui est du choix de la Bretagne, c’est une amie alsacienne qui, à l’origine, m’a incitée à venir découvrir cette région de France que je ne connaissais pas du tout. Il se trouve qu’à l’époque, j’avais reçu un peu d’argent d’une maison de production pour écrire un scénario. J’ai alors pensé aller en Bretagne. J’ai réservé un petit hôtel au Conquet, sur la côte, et j’ai entrepris le voyage. En ce temps-là, on mettait sept heures et demie en train depuis Paris, puis on prenait l’autobus jusqu’au Conquet. J’ai passé presque un mois à écrire ce scénario, puis j’ai commencé à regarder autour de moi. Comme mon mari n’aime pas tellement la grosse chaleur ni le grand soleil, pas plus que la foule, du reste, Le Conquet m’a soudain paru réunir toutes ces conditions. Je suis alors tombée sur cette maison, que j’ai trouvée jolie. Comme je ne voyais rien, je ne me suis pas rendu compte de l’état de la toiture ni des fenêtres ! On l’a eue pour une bouchée de pain. En Finlande, pour le même prix, on aurait eu à peine un studio, et encore en banlieue… On a donc acheté la maison et on s’est installés. On a fait des rénovations, et on continue encore !

Quelles sont les caractéristiques bretonnes qui, selon vous, pourraient s’appliquer à la mentalité finlandaise ?
D’abord, je trouve que les Bretons ont un esprit ouvert, comme souvent les gens du bord de mer. Ils ne sont pas aussi récalcitrants qu’on le dit. Ainsi, on n’a eu aucune difficulté à s’intégrer. Je me comporte de la même manière en Bretagne qu’en Finlande. Et on m’accepte comme je suis. Je crois qu’on voit si une personne s’adapte, s’intéresse aux gens, aux choses. C’est un peu comme dans nos campagnes en Finlande : on est respectés si on sait travailler de ses mains. Moi, je sais très bien cultiver mon jardin, faire des confitures et des cornichons aigres-doux, faire des composts… et jaser. En plus, ils ont un sens de l’humour qui est un peu diffèrent de celui des Français, si tant est qu’il y ait un humour français (!?) Ils ont un humour qui est, non pas anglo-saxon, mais plutôt noir, très marrant et absurde. Je trouve que les Finlandais et les Bretons sont des gens absurdes.
On a les mêmes manières, et on ne se précipite pas sur les choses. En plus, les Bretons sont des gens gentils, même s’ils sont parfois têtus, comme les Finlandais. On peut leur faire confiance. Tout compte fait, je ne trouve pas qu’il y ait tellement de différences. Par ailleurs, les gens sont curieux ; ils lisent beaucoup comme en Finlande, et ils n’ont pas de préjugés. Ils acceptent les étrangers comme ils sont. Moi, je ne me sens pas étrangère en Bretagne ; c’est chez moi. C’est peut-être parce que je n’ai pas tellement de racines en Finlande. Je suis née ici, mais je ne me sens pas particulièrement finlandaise, vu que mes parents ont vécu un peu partout en Finlande. C’est donc la première fois dans ma vie, et c’est peut-être un peu sentimental, que je sens que j’ai des racines. Helsinki, j’aime bien, mais j’ai la nostalgie de Brest.

Dans quelle mesure un Finlandais vivant en Bretagne peut-il se reconnaître dans la culture de cette région ?
La Finlande et la Bretagne, ce sont les mêmes fêtes. Et il y en a tout autant – un peu trop même, parfois. On lance, par exemple, la charentaise (huopatohveli) – 32 mètres le record. Moi, j’aime bien ça. C’est absurde, mais c’est rigolo. Il y a le lancer de la crêpe, de la charentaise, de n’importe quoi. Tout est occasion de faire la fête. Et puis, chaque année, il y a la fête des moissons, des fêtes de quartier auxquelles on participe nous aussi. Il y a de grandes fêtes en costumes où on joue du biniou (säkkipilli). Dans tous les coins en Finlande, en été, il y a des fêtes comme ça. Et puis, il y a les fameuses courses de moissonneuses-batteuses (leikkuupuimuri) ; on ne peut trouver ça qu’en Bretagne. Il y avait aussi, l’année dernière à Saint-Renan, un concours de beauté de vaches où l’on honorait les vieilles vaches qui avaient donné plus de 50 000 litres de lait. Dans quel concours de beauté de femmes honore-t-on les femmes qui ont donné le meilleur d’elles-mêmes !?

Y a-t-il un moment dans la vie où la part étrangère du “je” prend le dessus sur le “je” originel ?
Je ne me sens pas française, mais je ne sais pas si je me sens davantage finlandaise. Je crois que je reste finlandaise dans l’âme, mais étant donné que la nature bretonne est tellement proche, la différence n’est pas très marquée. Il est, toutefois, une chose essentielle qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’on vit dans sa langue. Moi, j’écris la plupart du temps en finnois, et je ne veux pas perdre ma langue maternelle. Je veux même la développer, approfondir ma vue sur la Finlande et sa culture, la littérature finlandaise, pas seulement moderne mais aussi classique. Cela donne une distance très salutaire, je pense. Mais ce n’est pas uniquement la langue en tant que telle, ce sont les codes. Il y a des codes qu’on doit connaître, et ça doit devenir instinctif. C’est-à-dire qu’on vous accepte mieux si vous adoptez les codes qui régissent la façon de se comporter, de parler, etc. Les Finlandais aiment ça. On doit être ferme, on doit faire rire les gens et on doit oser dire ce qu’on pense. Et ça fonctionne tellement bien en Finlande, surtout chez les femmes.

Est-ce que cette intégration, assimilation pourrait aller jusqu’à l’écriture en français ?
Je ne crois pas. J’ai perdu maintenant un peu la vue. Je ne peux, sans aide spéciale, ni lire ni écrire. Je vais donc avoir recours à une bibliothèque sonore. Toutefois, il m’est venu l’idée que, si j’écoute suffisamment, je peux peut-être écrire en français… Qui sait ?

C’est un souhait, en tout cas ?
C’est un souhait. Mais il faut pouvoir bien s’exprimer, c’est-à-dire avoir toutes les nuances et trouver le mot juste. J’aime bien, par exemple, le style de Daniel Schneidermann dans sa chronique du Monde audiovisuel. J’aime aussi l’écriture de Marguerite Duras ; elle n’est pas fleurie. Parmi les philosophes, ma préférence va à Maurice Blanchot, qui est quelqu’un de très bien. Malheureusement, il est mort récemment. Il y a des idéaux, comme ça. Bernard-Marie Koltès, également, pour le théâtre. Mais j’aimerais bien avoir… En fait, j’avoue franchement, j’aimerais bien avoir une chronique audiovisuelle ; par exemple, une chronique dans un journal français. Mais je ne sais pas si j’ai assez de talent, si je maîtrise suffisamment la langue pour le faire.
Je rêve également d’écrire un scénario en français. On a commencé avec des cinéastes brestois un film sur Helene Schjerfbeck, qui faisait quand même partie du groupe de Pont-Aven où il y avait beaucoup de femmes peintres finlandaises. On a écrit le traitement en français, bien sûr, parce qu’on travaillait en français. Oui, c’est un rêve : écrire directement en français, pas traduire.

Peut-on surfer durablement sur deux cultures sans pour autant perdre son identité ?
Oui, je le pense. D’abord, parce que je ne suis plus toute jeune. Et puis, j’ai moi-même, maintenant, une identité beaucoup plus forte depuis qu’on est en Bretagne. C’est plus facile d’être vieux en France qu’en Finlande. En plus, ce qui me donne tellement de plaisir, c’est cette capacité – et les Français ne l’ont pas perdue –, d’analyser les choses, de parler et de discuter, de penser. La pensée est toujours très vivante en France. Par exemple, les bonnes revues françaises sont formidables. Mais il n’y a pas énormément de romans qui m’attirent ; c’est plutôt la philosophie, la sociologie, des revues. Après le Nouveau Roman, il n’y a guère plus maintenant que des femmes qui écrivent bien – à part Houellebecq, qui a un humour un peu nordique.
Pour ce qui est de la touche finlandaise, on aura peut-être contribué à ce que les gens, dans ce petit coin de Bretagne, se fréquentent sans plus attacher trop d’importance à la position sociale. La hiérarchie en France, c’est quelque chose que je ne comprends pas très bien. Ici, en Finlande, tout le monde est accessible, même les ministres, même la Présidente. C’est du reste la seule chose dont j’ai, de temps en temps, la nostalgie. Mais moi, je traite les gens de la même manière en France, et finalement ils deviennent plus accessibles.

Si vous deviez vous installer définitivement en Bretagne, quels objets emporteriez-vous en priorité ?
Il faut réfléchir. Naturellement, si je n’avais pas déjà tellement de livres finlandais, j’emporterais toute l’oeuvre, par exemple, deVeijo Meri et de Paavo Haavikko, de Maria Jotuni. Mais un objet… (?) Un bon sécateur Fiskars… et des ciseaux de cuisine Fiskars, que j’ai, du reste, offerts à toutes mes amies bretonnes. Comme je suis malvoyante et que je me suis coupé plusieurs fois le bout du doigt, elles les ont baptisés « ciseaux tueurs » (tappajasakset) !

Quelle est votre actualité culturelle, audiovisuelle de ce printemps ?
Quels sont vos projets pour la rentrée prochaine ?

J’ai écrit trois pièces radiophoniques sur trois soeurs – Hanna, Asta, Lotta –, qu’on va monter à la radio et dont on va faire également une mini-série pour la télévision. Maintenant, je travaille sur un long métrage avec un jeune réalisateur-producteur finlandais ; et puis après, je vais faire une adaptation radiophonique du livre de Robert Musil « L’homme sans qualités ». J’ai également deux livres en cours sur la vieillesse, et puis un livre d’essais plus approfondis. Par ailleurs, j’aimerais bien continuer ma chronique audiovisuelle dans le quotidien Helsingin Sanomat, ainsi que la chronique dans la revue Anna. Mais il y a trop. Pour commencer, je prends des vacances, et je travaille doucement.
Maintenant, j’ai écouté Gogol pour me distancer un peu de tout ce matériau que j’ai sous la main – « Les âmes mortes » – et, dès mon arrivée en Bretagne, je vais tout de suite à la bibliothèque sonore de Brest. J’espère que la collection sera aussi riche qu’ici. Car plus on écoute, plus on développe sa mémoire. Et cela permet de faire beaucoup plus attention à la langue ; c’est pour ça que je pense être capable, peut-être un jour, d’écrire en français.

Propos recueillis en français
par Aline Vannier-Sihvola

Peter von Bagh, membre du jury du Festival de Cannes

Posted by admin On décembre - 19 - 2008

Membre du jury cannois pour la Caméra d’or en 1999, Peter von Bagh récidive en 2004 en intégrant, cette fois, le jury officiel du 57e Festival de Cannes. Est-il besoin de présenter cet artiste aux multiples talents : réalisateur, scénariste, critique, acteur occasionnel pour son complice de toujours Aki Kaurismäki, écrivain, historien du cinéma, directeur du Festival de Bologne, il est encore – comme s’il lui était besoin d’ajouter une autre corde à son arc – directeur artistique du Festival du Soleil de minuit organisé chaque été dans la petite ville de Sodankylä, en Laponie.

Félicitations pour votre nomination au jury du Festival de Cannes. Quelle a été votre réaction à l’annonce de cette nouvelle ?
Naturellement cela a été une surprise, car je m’attendais à être membre, une fois de plus, du jury de la Caméra d’Or ou d’Un Certain Regard. A vrai dire, je n’ai jamais même rêvé de faire partie, un jour, du “grand jury”. Il n’est tout simplement pas habituel que quelqu’un de ma profession, que ce soit comme critique ou historien (même si j’ai plusieurs autres professions), soit choisi. En l’occurrence, c’est comme critique que je serai à Cannes. D’après les organisateurs, on a besoin de gens qui ont de solides connaissances du cinéma. Je dois dire que, pour moi, le Festival de Cannes est avant tout une affaire très sérieuse. Cela peut effectivement surprendre parce qu’on pense toujours, mécaniquement, que Cannes est le symbole du cinéma commercial. Même moi, avant cette expérience de Caméra d’Or il y a cinq ans, j’avais tendance à penser cela. Mais en voyant le système cannois de l’intérieur, on comprend qu’il y a des gens extrêmement sérieux qui n’ont d’autre objectif que l’excellence du cinéma mondial. Ils ont beaucoup de pouvoir, et c’est bien de l’utiliser pour donner une chance aux dizaines et dizaines de réalisateurs les plus importants du monde. Les Américains ont du reste constamment attaqué le système des organisateurs de Cannes, car ils pensent que des réalisateurs comme Kaurismäki, Chahine, Straub ou Akerman n’ont pas le droit de vivre, tout simplement parce qu’ils ne sont pas commerciaux. Il y a cette loi darwinienne qui est celle de Hollywood qui veut que le plus fort économiquement soit capable de laminer le plus créatif culturellement, et Cannes est vraiment contre ça.

Que pensez-vous de Quentin Tarantino comme Président du jury ?
C’est extrêmement prometteur, car c’est un grand cinéphile. Un cas très curieux, d’une cinéphilie dévorante. Mais, en l’occurrence, c’est plutôt le côté label « kiosque » qui m’interpelle : comme on sait, ce sont les films de séries B qui ont surtout intéressé Tarantino – grand maître du collage, du quotidien et du trash. Et c’est précisément cet aspect-là qui est intéressant : c’est, à mon avis, un point de vue très original dans le contexte de Cannes. En fait, je me réjouis que le président du jury soit Tarantino que je n’ai, au demeurant, jamais rencontré auparavant.

Pour ce qui est de la sélection officielle, estimez-vous que la cuvée 2004 est une bonne cuvée ?
C’est une bonne sélection mais, pour moi, les plus grands noms du cinéma d’aujourd’hui sont absents cette année. Par contre, je dirai qu’il est justifié que le cinéma asiatique soit bien représenté, car il est souvent supérieur. En Asie, on peut encore faire avec fraîcheur, avec force des films que pas même le cinéma de Hollywood ne peut faire aujourd’hui. Les Asiatiques peuvent réinventer les genres traditionnels, c’est pourquoi, en termes de compétition, c’est assez prometteur. Il est fort possible qu’avec Tarantino, qui est un grand fan du cinéma asiatique, et Sui Hark, qui fait également partie du jury, un des grands prix aille à la Chine.

Vous êtes l’inventeur du concept des films “Bigger than Life”, n’est-ce pas ? Croyez-vous qu’on puisse encore voir ce genre de chefs-d’oeuvre au XXIe siècle, à Cannes notamment?
Oui, j’ai effectivement appliqué le concept « Bigger than Life » aux films. A l’époque, c’était une série de cent émissions de radio de 50 minutes chacune dédiées à un film très important qui a vraiment marqué le cinéma. Je pense qu’on verra probablement encore des chefs-d’oeuvre, mais beaucoup plus rarement qu’il y a, disons, quarante ans. Mais si on fait des films de grande classe, il est plus que probable de les voir justement à Cannes, car Cannes est supérieur aux autres grands festivals. Le rêve de tout producteur est que son film soit présenté à Cannes. Outre la reconnaissance, une sélection à Cannes est un véritable accélérateur de notoriété. Les autres grands festivals comme Venise ou Berlin sont secondaires.

Comment se fait-il que des films largement appréciés par le public finlandais, comme « Koirankynnen leikkaaja » de Pölönen, n’aient pas encore trouvé leur place au Festival de Cannes ?

Je peux répondre en me référant à une discussion que j’ai eue avec le directeur du Festival il y a cinq ans lorsque j’étais membre du jury de la Caméra d’Or. Je l’avais alors questionné sur quelques films qui avaient un succès considérable ici en Finlande, et la réponse était qu’on n’avait pas vraiment compris le langage narratif. Sans vouloir généraliser, j’ai bien peur que le cinéma finlandais ne soit devenu, d’une certaine façon, provincial, que les nouveaux cinéastes n’aient aucune connaissance du cinéma classique. Aki Kaurismäki est le tout dernier qui connaît vraiment le cinéma.
C’est pour lui une langue universelle, il peut raconter des histoires. En général, le cinéma finlandais est un peu plus lié maintenant au langage de la télévision, des séries télévisées. Cela signifie que ce n’est pas intéressant comme expression, langage du cinéma. Ce n’est plus inventif. C’est un cinéma très “middle-of-the-road”, et ça ne fonctionne pas avec les étrangers pour qui c’est peu compréhensible. Pölönen est à part parce que c’est un enfant de la nature ; il a une façon de raconter qui est naturelle, et je peux facilement imaginer qu’un jour un film de Pölönen fera son entrée dans les grands festivals.

A peine aurez-vous quitté le feu des projecteurs de Cannes que vous inaugurerez le Festival du Soleil de minuit de Sodankylä dont on a souvent dit, du reste, que c’était “l’anti-Cannes”. Quels sont les invités et les moments forts de ce XIXe Festival ?
Je crois que c’était le Times de Londres qui a une fois écrit que Sodankylä est sans aucun doute le meilleur festival du monde, et développé cet argument en disant que c’est l’anti-Cannes. Naturellement, il n’y a pas de compétition, pas de jury, et encore moins d’honneurs ou de glamour à Sodankylä. Ça fait une grande différence ; ça nous permet de montrer tous les films qu’on veut sans esprit de compétition. Pour ce qui est des quatre invités majeurs du festival, il est encore trop tôt pour se prononcer. Pour l’instant, nous avons seulement un nom qui est sûr : Nanni Moretti. Visages d’enfants de Jacques Feyder est, sans aucun doute, l’un des moments forts du festival. C’est l’un des plus grands films muets que je connais, avec un accompagnement musical interprété par le formidable Octuor de France qui sera dirigé par l’Italien Antonio Coppola.

J’ai toujours plus ou moins été “anti-festival”, et quand on pense au rapport que j’ai avec le cinéma, j’ai très rarement fréquenté les grands festivals. Mais par une curieuse ironie du destin, je me retrouve aujourd’hui directeur de deux festivals, Sodankylä et Bologne, et tous les deux de réputation mondiale.

Propos recueillis en français
par Aline Vannier-Sihvola

Tapio Piiranen

Posted by admin On juin - 3 - 2008

Comment êtes-vous devenu réalisateur?
A l’âge de 30 ans, après avoir exercé différents métiers j’ai eu l’envie de m’inscrire pour étudier la réalisation de films à l’institut des Arts industriels. J’ai été accepté, et me voilà.
Depuis ma plus tendre enfance, j’ai toujours été un fou de films, je pourrais aller au cinéma au moins 2 ou 3 fois par semaine.

“Raid” est votre premier long métrage au cinéma. Pourquoi avoir décider de le faire? Etiez-vous fatigué de travailler pour la télé?
J’ai toujours eu, depuis mes le début de mes études, ce but de faire un film de cinéma. La popularité qu’a rencontrée la série télévisée « Raid » a rendu ce désir possible. Et pour répondre directement à votre question, oui j’étais fatigué de travailler pour la télé.

Quels sont les aspects positifs et négatifs quand on est réalisateur en Finlande?
Le nombre de personnes qui parlent finnois dans le monde est assez petit, ce qui signifie que les films finlandais n’ont pas, en général, un nombre de spectateurs très important. Les ressources sont très limitées et la compétition est rude. Il semblerait que la réalisation de film n’est pas considérée comme un art - L’aide publique apportée à l’Opéra est cinq fois plus importante que celle accordée au cinéma ! Nous avons de très bons acteurs, de très bonnes actrices, de très bons auteurs - et des paysages où personne n’a encore eu l’occasion de tourner de film, la nature est toujours présente et très proche. Et la meilleure chose est que le public finlandais a repris goût au cinéma finlandais ! Il n’y a pas dans les films finlandais tout ce côté glamour assez malsain qu’on peut trouver à Hollywood.

Comment l’idée de faire ce film vous est-elle venue?
J’ai travaillé avec un autre scénariste Harri Nykänen. Nous avons créé et développé les idées ensemble. J’avais parfois des visions un peu « sauvages » et Harri, un ancien reporter spécialisé dans les affaires criminelles, me ramenait à la réalité. C’était très enrichissant pour nous deux. L’histoire de “Raid” est basée sur une histoire vraie, un vrai crime qui a eu lieu en
Estonie.

Comment avez-vous choisi les acteurs?
En général, je vais au cinéma et je regarde le travail de mes collègues en essayant de suivre les développements qui ont lieu, apprendre à connaître les nouveaux venus, etc. Il y a certains acteurs et actrices qui ont toute ma confiance, et en général je travaille avec eux. Dans “Raid”, 80% des acteurs avaient déjà travaillé avec moi et la plupart d’entre eux sont des amis. Je fais toujours appel à des acteurs ou à des actrices professionnels dans mes films.

Pendant le tournage de “Raid”, y a t il eu un moment ou une étape que vous avez préféré?
Le plus difficile mais aussi le plus gratifiant a été lors du tournage sur les deux îles : Le phare qui se trouve sur l’île de Porkkala, avec un paysage et une atmosphère incroyables A l’intérieur du phare, nous n’avions pas beaucoup de place et il était difficile de faire passer la caméra, mais je pense que les images que nous avons réussies à avoir étaient très bonnes.

L’autre île était la forteresse de Kuivasaari qui abrite le musée d’artillerie le plus grand d’europe. Nous en avons profité pour utiliser une de leurs armes dans le film.
Pour en citer d’autres, la montagne Saana et le lac Kilpijärvi en Laponie étaient géniaux aussi.

Le premier jour de tournage sur l’île Harmaja et notre rendez-vous avec un énorme brise-glace était vraiment imposant !

Certains réalisateurs disent que le montage d’un film est une expérience intense et gratifiante, mais qu’elle peut aussi être particulièrement difficile. Partagez-vous cette opinion?
Un film naît véritablement dans la salle de montage: tu peux détruire un bon film ou bien transformer un film modeste en véritable succès. Le montage de ce film a été difficile mais m’a apporté beaucoup de satisfaction. Je remercie Kauko Lindfors, le monteur, qui a eu assez de force et qui a survécu à cette expérience et à mon perfectionnisme. Mais, je pense qu’il doit être lui aussi perfectionniste.

Quelle image avez-vous du cinéma français?
J’apprécie sans aucun doute la culture du cinéma français. De l’autre côté de l’atlantique, aux
Etats-Unis, il n’y a pas vraiment ce qu’on pourrait appeler une culture cinématographique. Les films français ont de l’esprit, les films américains sont bruyants.

Avez-vous un réalisateur français préféré?
Maintenant, nous arrivons à mon sujet de prédilection ! Il y a plusieurs réalisateurs : Jean
Renoir, Jean-Pierre Melville, Jean Vigo, François Truffaut. Tu as remarqué que trois des réalisateurs que je viens de citer ont le même prénom “Jean” !

Avez-vous un film français préféré?
“Touchez pas au grisbi” de Becker, “La grande illusion” de Renoir, “L’Atalante” de Vigo et “Le deuxième souffle” de Melville, et bien d’autres…

Que pensez-vous de la situation actuelle de l’industrie cinématographique finlandaise?
Il n’y a pas beaucoup d’argent dans ce domaine, mais le public est de plus en plus intéressé par les films finlandais, et ils vont au cinéma pour les voir. Je suis content qu’Aki Kaurismäki soit entré dans le groupe des “grands réalisateurs” internationaux avec son dernier film “L’homme sans passé”.

Quels sont les trois films finlandais qu’il faudrait absolument voir?
Mikko Niskanen: Kahdeksan surmanluotia, (Eight Deadly Shots)
Edwin Laine: Tuntematon sotilas (The Unknown Soldier)
Aki Kaurismäki: Mies vailla menneisyyttä (The Man Without a Past).

Quels sont vos projets?
Pour le moment je suis en vacances, je déneige mon jardin, je fais quelques réparations, un peu  de sport… et je travaille sur l’écriture d’un nouveau manuscrit… quand les idées me viennent.
En automne, je réaliserai un film télévisé dont le scénario a été écrit par Jari Tervo.

Hannu Tuomainen

Posted by admin On juin - 3 - 2008

Quand et comment avez-vous décidé de faire des films?
La première fois que j’ai eu l’idée du film MENOLIPPU MOMBASAAN (Aller simple pour Mombassa) c’était il y a 8 ans et demie. Ca fait longtemps déjà… J’ai, bien entendu, travaillé entre temps sur différents projets, comme la production de plusieurs courts-métrages, la réalisation de certains projets télévisés, sans mentionner le projet énorme qu’était le film POIKA JA ILVES. C’était mon premier long-métrage en tant que producteur et j’ai travaillé sur ce projet pendant trois ans.

Dans mes courts-métrages précédents, j’ai exploité les thèmes de la fin de la jeunesse et la vie des jeunes se trouvant entre la jeunesse et  l’adolescence. J’ai eu le sentiment que je devrais compléter tout ça un peu comme une trilogie et raconter une histoire sur les changements quand on passe de 17 à 18 ans, de la jeunesse à l’âge adulte.

Au cours de cette période pendant laquelle je réfléchissais à l’histoire qui pourrait décrire cette étape de la vie, difficile mais gratifiante, j’ai eu un accident de voiture. Je me suis endormi au volant et je me suis retrouvé au beau milieu de la neige (elle m’a semblé à ce moment très blanche et pure). Je ne savais pas où j’étais ni ce qui s’était passé. Physiquement tout allait bien, mais quelques jours plus tard le vrai choc est arrivé : j’ai réalisé que j’étais presque mort et que j’avais complètement oublié la signification de la vie, de chaque jour, de chaque moment. Et ainsi, au cours des semaines suivantes, j’ai réévalué mes valeurs et…. tout le reste.
Et on peut dire qu’à ce moment-là, j’avais trouvé la base de l’histoire de MOMBASA, où un jeune garçon, bien gentil, de classe moyenne, un jeune assez cool finalement, Pete, apprend qu’il a le cancer et aucun médecin ne peut lui dire combien de temps il lui reste à vivre.

Vous avez fait des courts-métrages, vous avez travaillé à la télévision et vous venez juste de finir votre premier long-métrage. Diriez-vous que toutes ces expériences ou tous ces milieux sont très différents?
Oui et non. Dans toutes les situations, la chose la plus importante pour moi est de raconter une histoire. Même si dans un long-métrage, le format de 90 minutes est unique. Chaque seconde du film doit vraiment avoir une raison d’être, et chaque centimètre de l’écran doit être rempli de sens, sans oublier le fait que le film doive être aussi divertissant.

Si on compare un long-métrage à la télévision (les courts-métrages sont principalement destinés à la télévision) j’ai aussi le sentiment d’avoir la responsabilité d’emmener les spectateurs en voyage. Pour qu’ils aient envie de sortir de chez eux pour venir voir le film, qu’ils aient envie de payer pour le voir, et pour qu’ils soient heureux après l’avoir vu. A la télévision, les choses sont différentes car les programmes sont diffusés quoiqu’il arrive, mais au cinéma le film doit “trouver ses destinataires”.

En plus, au cinéma j’ai l’impression de pouvoir vraiment communiquer avec les spectateurs, attirer leur attention (si j’arrive à avoir assez de talent) les toucher, leur donner et partager quelque chose avec eux.

Quels sont les aspects positifs et les aspects négatifs quand on est réalisateur en Finlande?
Le côté positif c’est que le monde du cinéma est petit et les choses ne sont pas aussi compliquées qu’elles doivent l’être dans les pays plus grands. Mais bon, c’est bien sûr à double tranchant car tout le monde connaît tout le monde et parfois il n’y a pas assez de place pour des ambitions ou des projets qui peuvent se croiser.

Et la chose négative est la taille réduite du marché et donc le nombre de spectateurs. Seulement 5 millions de personnes parlent finnois et la langue est un élément décisif quand il est question de distribution internationale, spécialement si tu veux travailler sur des histoires grand public comme je le fais. Le public est limité et le budget l’est également.

Que raconte MENOLIPPU MOMBASAAN?
L’histoire parle de Pete, un garçon ordinaire de 17 ans qui va au lycée et qui va brusquement perdre conscience. Le diagnostic est terrible: le docteur ne peut pas dire à Pete s’il vivra assez longtemps pour fêter son 18ème anniversaire.

Pete partage sa chambre d’hôpital avec Jusa qui est le roi de l’humour noir. Dans la nuit du 18ème anniversaire de Jusa, alors qu’ils ont bu de la vodka, ils prennent la décision de faire le mur. Jusa a une fixation,  il veut à tout prix voir les plages de Mombassa avant de mourir. Pete, lui, veut déclarer sa flamme à Kata qui était dans la même école que lui et dont il est amoureux.

Ils décident de partir et voyagent à travers la Finlande pour retrouver Kata qui a un job d’été en Laponie en ayant en poche deux billets d’avion pour Mombassa. Grâce à Jussi et à son côté un peu sauvage, Pete découvre un style de vie nouveau et des plaisirs qu’il n’avait pas connus auparavant.

Une fois arrivés en Laponie, Pete déclare sa flamme à Kata sans lui parler de sa maladie. Le départ pour Mombasa est proche et Pete devra prendre la décision la plus importante de sa vie.

Comment avez-vous choisi les acteurs?
Il n’y a pas vraiment d’acteurs professionnels de cet âge (+/- 18 ans), donc tu dois juste trouver le bon acteur qui correspond au rôle. J’ai fait un casting avec 500 jeunes, en cherchant d’abord les points de ressemblance entre les jeunes et les personnages du film. Ensuite, je voulais savoir s’il ou elle était capable d’être naturel(le) face à la camera, sans jouer mais juste en étant lui-même ou elle-même. La photogénie est également importante mais la chose primordiale est de savoir si je ressens un certain charisme chez cette personne.

Vous avez aussi co-écrit le script du film, pensez-vous que cela apporte quelque chose de plus au film? Vous sentez-vous plus proche de l’histoire?
Quand le réalisateur participe à l’écriture du script, il est impliqué dans le film à fond. Avec ce projet, j’ai pu aussi remarquer le danger de devenir paresseux : être aveuglé par l’image qu’on s’est faite à l’avance du film en pensant qu’il serait comme ça. Non, le réalisateur doit transformer les idées contenues dans un script en une histoire visuelle, et “remplir” chaque image de ce film.

Pendant la préparation du film, y a t il eu un moment que vous avez préféré?
J’adore le “screen writing” et je pense que c’est l’étape la plus difficile mais en même temps la plus gratifiante. Et c’est sans aucun doute l’étape la plus importante.
Cependant, le sentiment d’être au cœur de l’histoire pendant le tournage est tellement intense que c’est aussi quelque chose de vraiment spécial.

Quelle image avez-vous du cinéma français?
Avant de commencer mes études de cinéma, je passais mon temps dans les salles de cinéma et à la cinémathèque. Pendant ces années folles de cinéma, j’ai vu des centaines… non des milliers de films. Le cinéma français a toujours été le deuxième que je préfère, il a été et est toujours là pour montrer l’autre côté de l’industrie cinématographique, dans le sens positif. J’ai besoin des films de Hollywood mais j’ai aussi besoin de voir des histoires qui parlent des relations entre les personnes. Je pense qu’à la base, toutes les histoires parlent de ça. Ce que ça signifie que d’être humain. Et sans le cinéma français, il y a aurait un énorme manque de style et de profondeur pour traiter ce sujet de base.

Avez-vous un réalisateur français préféré?
Comme je l’ai dit avant, ayant vu tellement de films dans ma vie, j’essaie en général de ne pas répondre aux questions du type “votre réalisateur ou film préféré”.
Mais cette fois-ci, je pourrais faire une exception et en citer deux. En premier, François Truffaut occupe une place spéciale dans mon cœur. Il a fait des films magnifiques, tellement différents au cours de sa carrière, qui a été extraordinaire, mais en essayant de se concentrer simplement sur l’homme. Et il avait un esprit tellement ouvert, pas seulement en tant que réalisateur mais aussi en tant qu’homme.
Ensuite je pourrais simplement dire que j’adore Jacques Tati. Son sens comique qui combine des gags et des thèmes plus importants est unique, on pourrait le comparer à Chaplin.
J’ai aussi le sentiment que ces deux génies, sont à la fois très français et très universels.

Avez-vous un film français préféré?
Je vais passer cette question, mais parmi les 10 films français que je préfère figurent, bien sûr, plusieurs films de Truffaut et de Tati.

Comment se porte l’industrie cinématographique finlandaise en ce moment?
Ca s’améliore tout le temps. Je me souviens encore du milieu des années 90 quand le public détestait les films finlandais. Les réalisateurs ainsi que les producteurs ont radicalement changé, ils font désormais des films POUR le public. Ca peut sembler stupide, mais ce n’était comme ça il y a encore quelques années.
Ce qui nous manque encore et ce pour quoi nous devrions nous battre c’est l’augmentation des aides publiques pour pouvoir être au niveau de nos voisins nordiques. Et pour le moment, nous en sommes malheureusement très loin.

Quels sont les trois films finlandais qu’il faut absolument voir?
C’est difficile, si je ne veux pas citer de film français, comment est-ce que je pourrais citer trois films finlandais… d’accord ! “Eight Deadly Shots” de Mikko Niskanen, et ensuite…

Quels sont vos projets?
À côté de la réalisation et de l’écriture de scripts, je dois dire que j’adore produire.
Et puis, je viens juste de commencer en tant que professeur à l’École Supérieur d’Études Cinématographiques qui dépend de l’Université des Art et du Design d’Helsinki.

J’ai eu beaucoup de chance jusqu’à maintenant ou alors j’ai été assez entêté pour faire ce que je veux vraiment faire. Je vais déjà voir comment marchera le film MENOLIPPU MOMBASAAN et quelles seront les réactions du public et ensuite je déciderai ce que je ferai.

Les vacances de Monsieur Hulot

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